Dengue, chikungunya, Zika. Ces trois maladies, longtemps associées aux voyages en zones tropicales, circulent désormais en France métropolitaine. La progression du moustique tigre sur notre territoire a rendu possible leur transmission locale, sans qu'aucun voyage ne soit nécessaire. Comprendre ces maladies, leurs symptômes et le niveau de risque réel est la première étape d'une protection efficace.
Comment ces maladies arrivent-elles en France ?
Le mécanisme de transmission est simple. Un voyageur revient d'un pays tropical avec une infection active. Un moustique tigre local le pique pendant la phase de virémie (quand le virus circule dans son sang). Ce moustique devient alors porteur du virus et peut le transmettre à d'autres personnes lors de ses prochaines piqûres. C'est ce qu'on appelle la transmission autochtone.
En 2023, Santé Publique France a recensé plusieurs centaines de cas de dengue autochtone en Occitanie et en Provence-Alpes-Côte d'Azur. En 2022, un cluster de chikungunya en Gironde avait touché plusieurs personnes dans un périmètre restreint. La circulation de ces virus sur le sol français n'est plus une exception.
La dengue : symptômes et gravité
La dengue est causée par quatre sérotypes distincts du virus Dengue (DENV1 à DENV4). La plupart des infections sont asymptomatiques ou peu symptomatiques. Lorsque des symptômes apparaissent, ils surviennent 4 à 10 jours après la piqûre infectante. On observe une fièvre brutale à 39°40°C, des céphalées sévères notamment derrière les yeux, des douleurs articulaires et musculaires intenses (d'où son ancien nom de "fièvre brisante"), parfois une éruption cutanée et des saignements bénins des muqueuses.
Dans moins de 5 % des cas, notamment lors d'une deuxième infection par un sérotype différent, la dengue peut évoluer vers une forme sévère (dengue hémorragique) avec un risque vital. En France métropolitaine, les formes graves restent rares car la plupart des patients n'ont pas d'antécédent d'infection dengue.
Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique. La prise en charge est symptomatique : repos, hydratation, paracétamol. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, aspirine) sont contre-indiqués car ils augmentent le risque hémorragique.
Le chikungunya : des douleurs qui durent
Le chikungunya est causé par le virus CHIKV, transmissible par Aedes albopictus avec une efficacité supérieure à celle de la dengue. La maladie se caractérise par une fièvre brutale accompagnée de douleurs articulaires invalidantes, symétriques, touchant principalement les poignets, les chevilles et les petites articulations des mains et des pieds.
La particularité du chikungunya est sa tendance à la chronicisation. Chez 30 à 40 % des patients, des douleurs articulaires persistent plusieurs mois, voire plusieurs années après la phase aiguë. Ce sont ces séquelles qui constituent le principal fardeau de la maladie sur le plan de la santé publique. En Réunion, l'épidémie de 2005-2006 a laissé des séquelles chroniques chez une part significative de la population touchée.
Il n'existe pas non plus de traitement spécifique. Un vaccin (Ixchiq) a obtenu une autorisation de mise sur le marché aux États-Unis en 2023 et fait l'objet d'une évaluation en Europe.
Le Zika : un risque spécifique pour les femmes enceintes
Le virus Zika est particulier. Chez l'adulte, l'infection est dans 80 % des cas asymptomatique ou provoque des symptômes très bénins : légère fièvre, éruption cutanée, conjonctivite, douleurs articulaires modérées. La plupart des personnes infectées ne savent même pas qu'elles l'ont contracté.
Le danger réel concerne les femmes enceintes. L'infection par le Zika pendant la grossesse peut provoquer des malformations fœtales sévères, en particulier la microcéphalie et d'autres atteintes neurologiques du développement. En 2015 et 2016, l'épidémie en Amérique latine et aux Caraïbes a mis ce risque en évidence de façon dramatique.
En France métropolitaine, les cas autochtones de Zika restent rares. Mais la simple présence du moustique tigre et la circulation de voyageurs revenant de zones endémiques crée un potentiel de transmission. Les femmes enceintes résidant en zone à présence avérée de moustique tigre doivent se protéger de façon rigoureuse.
Comment évaluer le risque réel en France ?
Le risque de contracter dengue, chikungunya ou Zika en France métropolitaine reste inférieur au risque en zones endémiques tropicales. Mais il n'est plus nul. Le facteur déterminant est la présence simultanée d'un cas importé virémique et de moustiques tigres locaux.
Santé Publique France publie des bulletins hebdomadaires pendant la saison de surveillance (mai à novembre). En cas d'alerte dans votre commune, les autorités sanitaires locales peuvent déclencher des opérations de démoustication.
Se protéger : une responsabilité collective et individuelle
La protection individuelle par répulsifs cutanés homologués contribue à réduire la chaîne de transmission. Si moins de personnes sont piquées par le moustique tigre local, moins de virus circulent. Chaque personne qui se protège réduit le risque pour les autres, notamment pour les personnes fragiles qui ne peuvent pas utiliser certains répulsifs.
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